Antonin Artaud
Antonin Artaud

En dépit des propos mêmes d'Artaud: "Il faut en finir avec la littérature comme avec l'Esprit", 1800 pages et 290 documents iconographiques, dont de nombreux inédits ou introuvables, ont été soigneusement collectés, choisis, organisés, présentés et annotés par Evelyne Grossman qui nous propose, dans la collection Quarto de Gallimard, une édition en un seul volume des Oeuvres d'Antonin Artaud. De Van Gogh le suicidé de la société à Héliogabale, de Artaud le mômo à l'Ombilic des limbes, de L'Art et la Mort aux Tarahumaras, en passant par de nombreux et divers documents, poèmes, articles, scénarios, lettres et dessins, c'est la quasi totalité de l'oeuvre d'Antonin Artaud qui nous est ainsi rendu plus accessible que l'édition complète (d'ailleurs inachevée) en vingt-six volumes.

"Oeuvre" vivante s'il en est, totalement noircie de signes, traits et déchirures magiques dénués de toute préoccupation littéraire, si intiment liés à la vie de l'auteur, à sa folie et à sa recherche d'un Art total, que le mot "oeuvre" est bien incapable d'exprimer l'intensité de ce qui s'est écrit sous sa plume, du début des années '20 jusqu'à sa mort en 1948. Génie, martyr, saint, prophète, fou, Antonin Artaud n'a rien fait pour aider lecteurs et critiques à s'en sortir avec une si petite notion mais l'intérêt de l'édition Grossman, avec son parti pris chronologique, est de nous permettre d'approcher au plus près à travers ses écrits les multiples passions souvent simultanées, toujours brûlantes, de ce créateur authentique fou d'Art et de Beauté. Acteur qui joue Marat dans le Napoléon d'Abel Gance; homme de théâtre qui fonde avec Roger Vitrac le Théâtre Alfred-Jarry et "rethéâtralise" le théâtre des années '30 (lire à ce sujet ses théories exposées notamment dans Le Théâtre et son double); écrivain qui fait un temps partie du mouvement surréaliste avant de prendre le grand large de l'écriture; chercheur d'absolu qui part sur les traces des drogues et des rites indiens pour trouver son être véritable; fou qui subit d'intolérables séances d'électrochocs et passe neuf années de sa vie enfermé dans un asile d'aliénés à Rodez. En parallèle et pour illustrer ce destin, les textes, authentiques, sans aucune concession à la Littérature où à l'Esprit. Ils sont presque tous là, jusqu'à Pour en finir avec le jugement de Dieu.