Mohamed Cherif Abbas
Mohamed Cherif Abbas

Juif, philosémite, sioniste et ami d'Israël, Nicolas Sarkozy n'est pas vraiment l'idole des arabes et son voyage en Algérie, prévu du 3 au 5 décembre, vient de bien mal commencer. Dans un entretien publié lundi dans El-Khabar (principal quotidien national algérien), Mohamed Cherif Abbas, ministre algérien des Moudjahiddines (Anciens combattants), estime que ce voyage n'est qu'une "visite de courtoisie, sans plus, qui vise à garder les relations bilatérales actuelles en attendant de voir ce que nous réserve l'avenir". Il s'interroge sur les origines du président français et les groupes qui l'ont amené au pouvoir, rappelant entre autres qu'Israël a mis en circulation pendant la campagne électorale française un timbre idolâtre à l'effigie de Nicolas Sarkozy. Il considère que l'arrivée de Bernard Kouchner et de certaines autres personnalités dans l'actuel gouvernement est "le résultat d'un mouvement qui reflète l'avis des véritables architectes de l'arrivée de Sarkozy au pouvoir, le lobby juif, qui décide de tout en France". Le ministre algérien pense en outre que "la venue d'Enrico Macias serait une provocation" (le chanteur pied-noir notoirement pro-israélien ne fera finalement pas partie du voyage présidentiel). Mohamed Cherif Abbas démarque surtout son gouvernement du projet sarkozyste d'Union méditéranéenne. Selon lui, Nicolas Sarkozy s'est "un peu précipité" à ce sujet et, pour ce qui concerne l'Algérie, si la France ne reconnaît pas les crimes qu'elle y a commis pendant la colonisation, "une normalisation ou une réconciliation n'est pas envisageable", du moins "pendant le mandat de Nicolas Sarkozy". "Parler d'un traité d'amitié ou de réconciliation sans excuses est impossible", et dès lors, "les relations ne dépasseront pas le cadre des échanges commerciaux", estime Mohamed Cherif Abbas.

La publication de l'entretien ainsi que l'absence de réaction officielle des autorités algériennes suscite un malaise du côté français. Les milieux néoconservateurs, Le Figaro en tête, montent en épingle ces propos. Jouant sur le terme "lobby juif" (qui a un sens péjoratif en France, contrairement à de nombreux autres pays comme les Etats-Unis par exemple où les organisations juives se revendiquent ouvertement sous ce terme), et amalgamant la question des groupes de pression israéliens à celle des origines juives de Nicolas Sarkozy et de Bernard Kouchner, le quotidien quasi officiel du sarkozysme juge qu'il s'agit d'un dérapage antisémite. Haïm Musicant, directeur général du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), estime de son côté que ce genre de propos renvoie au faux antisémite du Protocole des Sages de Sion et au fantasme selon lequel les juifs sont les maitres du monde.

Mohammed Cherif Abbas se déclare "étonné et mécontent" de ce type d'interprétation, expliquant qu'il "n'assume pas les spéculations irresponsables d'un quelconque journal sur un chef d'Etat ami". "Il n'a jamais été dans mon intention de porter atteinte à l'image d'un chef d'Etat étranger [...] surtout à la veille de sa visite en Algérie", précise-t-il.

Le Quai d'Orsay déclare pour sa part que "les relations entre la France et l'Algérie n'ont jamais été aussi denses" et que "les propos parus dans la presse ne correspondent pas au climat de confiance et de coopération dans lequel nous préparons la visite d'Etat du Président de la République". Le porte-parole du gouvernement affirme pour sa part que Nicolas Sarkozy "fait un travail de fond sur l'amélioration des relations franco-algériennes" et que son voyage s'inscrit dans cette tendance.