Opéra de Paris
Opéra de Paris

La grève contre la réforme des régimes spéciaux de retraite touche aussi le monde de la Culture. Deux des principales institutions du secteur, la Comédie Française et l'Opéra de Paris, voient leur programmation sérieusement pertubée depuis fin octobre et plusieurs représentations de grands spectacles risquent encore d'être annulées dans les semaines à venir.

À l'Opéra National de Paris plusieurs spectacles ont dû être déprogrammés tant à l'Opéra Garnier qu'à l'Opéra Bastille en raison du mouvement des personnels techniques, essentiellement des machinistes et des éclairagistes. Au total, depuis le 18 octobre, premier jour de grève contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, treize représentations ont été annulées, dont celles de La Traviata de Verdi, de La Tosca de Puccini et du ballet Genus de Antoni Preljocaj et Wayne McGregor, entraînant une perte financière d'au moins 2,5 millions d'euros selon la direction. Les spectacles lyriques devraient toutefois reprendre ce week-end, les syndicats CGT et FO ayant décidé de suspendre leur préavis de grève jusqu'au 22 novembre, mais ils ne seront joués qu'en version de concert, sans décors ni éclairages. Les spectateurs qui ne désirent pas assister à cette version minimum peuvent se faire rembourser leur billet auprès de l'établissement. Par ailleurs Casse-Noisette de Noureïev, programmé à l'Opéra Bastille, est annulé en raison de la poursuite de la grève par le syndicat Sud-spectacle. L'incertitude demeure pour les prochains rendez-vous de l'Opéra, le préavis de grève de l'ensemble des syndicats courant jusqu'au 30 novembre inclus. Dans un communiqué, Force Ouvrière indique être "dans l'attente du résultat des discussions à venir avec la direction" et "soucieux de ne pas mettre en péril" la production du très attendu Tannhäuser de Wagner, dirigé par Seiji Ozawa et programmé à partir du 6 décembre prochain.

Les 1.680 salariés permanents de l'Opéra de Paris, dont le régime spécial existe depuis 1698, cotisent à leur propre caisse de retraite. Équilibré grâce à une subvention de l'Etat d'environ 10 millions d'euros par an, ce régime offre une ouverture des droits à la retraite dès 40 ans pour les danseurs, 50 ans pour les choristes, 55 ans pour les techniciens de plateau (sans horaires fixes) et 60 ans pour les musiciens.

Du côté de la Comédie Française, une grève massive des techniciens de plateau et autres personnels techniques (de 50 à 80% de grévistes) a entrainé deux soirs durant l'annulation de la représentation des Fables de La Fontaine et de Pedro et le Commandeur de Lope de Vega à la salle Richelieu. Trois syndicats (Synptac-CGT, Snapac-CFDT et un syndicat autonome de cadres) sur les cinq mobilisés à l'origine ont toutefois levé leur préavis de grève reconductible, autorisant ainsi la représentation du Mariage de Figaro, mais la situation reste tendue. Le 18 octobre octobre dernier, le premier théâtre national de France a déjà fait l'objet d'une grève d'une ampleur jamais vue en ces lieux.

Christine Albanel, dont le ministère de la Culture subventionne la Comédie Française et l'Opéra de Paris, s'est déclarée "ouverte au dialogue" et appelle à des négociations au sein des établissements. Au delà de la remise en cause des régimes spéciaux de retraite, le secteur s'inquiète également du soutien financier de l'Etat. Le budget 2008 en matière de spectacle vivant est resté stable par rapport à l'année dernière (639 millions d'euros), ce qui entraîne en réalité selon les professionnels une baisse des crédits évaluée à environ 5% ainsi que des difficultés dans certains théâtres lyriques régionaux (Avignon, Metz, Tours,...) qui voient leurs subventions baisser ou être purement et simplement supprimées.