Mohammed Abdi
Mohammed Abdi

Ce n'est sans doute pas le premier délinquant à fréquenter les palais de la République mais 18 mois de prison pour escroquerie, dont 6 mois ferme, cela fait tout de même mauvais genre. C'est pourtant ce que vient d'écoper Mohammed Abdi (nom écrit parfois Mohamed Abdi), tout à la fois conseiller spécial de Fadela Amara et Secrétaire général de l'association Ni Putes Ni Soumises (NPNS), qu'il a co-fondée en 2003 avec l'actuelle Secrétaire d'Etat chargée par Nicolas Sarkozy de la Politique de la ville.

Entre 1994 et 1997, alors qu'il était Directeur des Ressources Humaines de la société FBL-services, Mohammed Abdi avait permis à son entreprise, à l'aide de fausses attestations, de se faire rembourser indûment des frais de formation professionnelle pour des jeunes en contrat de qualification qui n'existaient que sur le papier. Trainé en justice par les organismes lésés en même temps que le PDG de FBL-services, Jean Bousige, Mohammed Abdi a d'abord été comdamné en 2004 à trois ans de prison dont deux avec sursis. Rejugé en mai 2006 devant la Cour d'appel de Lyon, il a vu sa peine réduite à dix-huit mois dont douze avec sursis. La condamnation vient d'être confirmée définitivement, après un ultime recours devant la Cour de Cassation qui a rendu son arrêt la semaine dernière. Les deux escrocs font par ailleurs l'objet d'une mise à l'épreuve de 3 ans avec obligation de rembourser les 75.000 euros de préjudice causés à l'OPCIB, l'organisme collecteur des frais de formation qui s'était porté partie civile.

En dehors de cette affaire judiciaire, Mohammed Abdi est aussi en partie à l'origine du vent de fronde qui vient de souffler sur Ni Putes Ni Soumises et a entrainé début novembre la démission collective de plus d'une vingtaine de comités locaux. Secrétaire général de NPNS, il est notamment accusé par les frondeurs de mettre l'association au service de la politique gouvernementale et, plus grave, il est soupçonné par certains d'être responsable de dysfonctionnements financiers qui entraînent aujourd'hui une enquête de la Cour des comptes.

Outre ses fonctions au gouvernement et à NPNS, Mohammed Abdi est également militant au Parti Socialiste depuis 1984 et directeur de la rédaction du mensuel Le Pote à Pote. Il conseille aussi à l'occasion Ségolène Royal — qu'il a accompagné lors de son voyage en Israël pendant la campagne présidentielle — sur les questions de l'Islam et du programme nucléaire iranien. Il est membre, aux côtés d'André Glucksmann et Pierre-André Taguieff, du comité éditorial de la revue sioniste et néoconservatrice Le Meilleur des mondes, dirigée chez Denoël par Michel Taubmann. Au passage, il est intéressant de noter que ce think thank notoirement sioniste, atlantiste et néo-conservateur conseille aussi bien Ségolène Royal que Nicolas Sarkozy en matière de politique proche-orientale. Mohammed Abdi a enfin co-signé avec Fadela Amara deux livres: La Racaille de la République (2006) et Ni Putes, ni soumises (2006).

Fadela Amara ne souhaite "pas faire de commentaires pour le moment" sur la condamnation de son compagnon de route qui assure pour sa part avoir la "conscience hyper-tranquille".