Unef / Ccau
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Le feu qui couve depuis une quinzaine de jours dans les universités a pris un tournant mercredi 07 avril après l'entrevue de Bruno Julliard, président de l'Union Nationale des Étudiants de France (UNEF, principal syndicat étudiant), avec la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse. Estimant que "la ministre n'a avancé concrètement sur aucune revendication" mais que "des victoires pour les étudiants sont possibles", il a appelé les étudiants à la mobilisation et à "décider la grève dans un maximum d'universités" pour "amplifier le mouvement" en cours. L'UNEF appelle en outre ses membres à rejoindre la manifestation du 8 novembre à Paris (Place de la Bastille à 15 heures), décidée par le Collectif Contre l'Autonomie des Universités (CCAU), puis à celles des 14 et 20 novembre prochain aux côtés des cheminots et des fonctionnaires.

Avant même l'appel de l'UNEF, la grogne contre la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (LRU) avait gagné depuis fin octobre une trentaine d'universités, dont treize sont d'ores et déjà totalement ou partiellement bloquées, ou fermées sur décision administrative. C'est le cas notamment de certaines facs à Paris, Lyon, Toulouse, Aix-Marseille, Bordeaux, Rennes, Montpellier, Rouen, Strasbourg, Grenoble, Dijon, Tours, Lille, Caen, Nantes, Perpignan,... Les actions ont pris diverses formes, de la grève à l'occupation des amphis en passant par des manifestations avec des banderoles proclamant entre autres slogans "Cécilia, on est comme toi, on en a marre de Nicolas". À Paris, les forces de l'Ordre sont intervenues pour évacuer les étudiants grévistes qui occupaient la Sorbonne et Tolbiac.

Le Premier ministre François Fillon ne croit pas à la contagion et estime qu'il s'agit de "quelques mouvements inspirés par des considérations très politiques qui n'auront pas de suite". Valérie Pécresse souhaite pour sa part "le dialogue" mais ne s'attelle à recevoir que des organisations étudiantes non impliquées dans la contestation, comme la Fédération des Associations Générales Étudiantes (FAGE), la Droite Universitaire (UNI), la Confédération Étudiante (CÉ) ou la Promotion et Défense des Étudiants (PDE). Comme François Fillon, la ministre de l'Enseignement supérieur pense que l'extrême-gauche est derrière cette contestation afin de raccrocher les étudiants aux wagons du mouvement social de novembre.

L'UNEF et le CCAU reprochent à la loi LRU, dite aussi Loi Pécresse, adoptée à la va-vite et quasiment sans concertation en août dernier par le Parlement, d'introduire une "logique marchande" ainsi qu'un désengagement financier de l'Etat dans l'enseignement supérieur. Selon eux, cette loi est le premier pas d'une sorte de privatisation des universités au bénéfice des entreprises qui vont désormais les financer via des fondations privées et disposer ainsi d'un droit de regard sur l'enseignement dispensé. Cela au risque d'accentuer les inégalités entre les établissements et de signer la mort de la recherche fondamentale et des filières de sciences humaines et sociales, peu utiles à court terme pour les entreprises. La loi LRU fait également reculer la co-gestion démocratique de l'Université en diminuant sérieusement le nombre de représentants des étudiants dans les conseils d'administration.

Le Collectif Contre l'Autonomie des Universités (CCAU) — qui regroupe plusieurs syndicats comme SUD-Etudiant, la Fédération Syndicale Étudiante (FSE), la Confédération Nationale des Travailleurs (CNT) et des organisations proches de l'extrême-gauche comme les Jeunesses Communistes Révolutionnaires (JCR) et l'Union des Étudiants Communistes (UEC) — demande l'abrogation pure et simple de la loi Pécresse. L'UNEF, proche du Parti Socialiste et leader de la contestation anti-CPE (Contrat Première Embauche) au printemps 2006, réclame de son côté seulement des modifications mais élargit la plate-forme de revendications. L'UNEF réclame notamment une augmentation du budget des universités qui ne soit pas, comme c'est le cas actuellement, en trompe-l'oeil, une meilleure répartition des sommes allouées, ainsi que diverses mesures sociales telles que, entre autres, des bourses augmentées et plus nombreuses et des logements étudiants. D'une façon plus générale, les syndicats étudiants se déclarent solidaires des autres secteurs actuellement en train de se mobiliser contre la baisse du pouvoir d'achat, la précarité généralisée, la remise en cause des acquis sociaux et le démantèlement de la fonction publique opéré par Nicolas Sarkozy et ils souhaitent démontrer leur attachement à un système social solidaire.

Une conjonction de mouvements de grogne sociale qui ne semble pas inquiéter outre mesure François Fillon et Nicolas Sarkozy. Comme le volontariste Alain Juppé en son temps, Nicolas Sarkozy ne vient-il pas de déclarer à ses amis américains néoconservateurs et ultralibéraux du French American Business Council de Washington qu'il y aura en France "des grèves, des manifestations mais moi je tiendrai, pas parce que je suis entêté, mais parce que c'est dans l'intérêt de mon pays. Nous avons trop reculé, il ne faut plus reculer". On sait ce qu'il est advenu ensuite du très "droit dans ses bottes" Alain Juppé.