Philippe Sollers
Philippe Sollers

Philippe Sollers (pseudonyme de Philippe, Pierre, Gérard Joyaux) est né le 28 novembre 1936 à Talence, près de Bordeaux, dans une famille d'industriels produisant des ustensiles ménagers. Il suit des études secondaires aux Lycées Montesquieu et Montaigne de Bordeaux puis à l'École Sainte-Geneviève de Versailles, d'où il sera renvoyé par les Jésuites en 1953 pour indiscipline et lectures de livres interdits. Poussé par sa famille, il intègre l'Ecole Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales (ESSEC) mais il se consacre plutôt à la littérature.

Il publie en 1957 un premier texte, Le Défi, dans la nouvelle revue littéraire Écrire fondée par Jean Cayrol aux éditions du Seuil. Le jeune écrivain ambitieux prend le pseudonyme de Philippe Sollers, inspiré du latin sollus et ars qui signifie habile, adroit, "tout en art". L'année suivante, encouragé par Francis Ponge, il publie Une curieuse solitude, un premier roman écrit en moins de trois mois. Le livre est salué dès sa sortie par François Mauriac et Louis Aragon et reçoit le Prix Fénelon mais l'auteur le supprimera plus tard de sa bibliographie officielle, estimant qu'il s'agit d'un plagiat et d'une oeuvre de jeunesse ratée. Néanmoins considéré à l'époque comme écrivain prometteur et chef de file de la nouvelle génération, Philippe Sollers fonde en 1960 avec un groupe de jeunes écrivains (Jean-Edern Hallier, Renaud Matignon, Francis du Boisrouvray, Jacques Coudol et Jean-René Huguenin) une revue d'avant-garde littéraire baptisée Tel Quel, publiée par le Seuil. Tel Quel soutient jusqu'en 1964 le mouvement du "Nouveau Roman", puis s'oriente de plus en plus vers des recherches psycho-politico-textuelles, publiant tout au long des années '60 et '70 des textes d'écrivains, philosophes, linguistes, psychanalystes et théoriciens de la littérature à l'époque considérés comme anticonformistes, contestataires, méconnus, controversés, voire scandaleux: Antonin Artaud, Georges Bataille, Lautréamont, James Joyce, Mao — dont Sollers traduit les poèmes après deux ans de chinois et un voyage à Pékin — Roland Barthes, Jean-Pierre Faye, Roman Jakobson, Jean Ricardou, Gérard Genette, Julia Kristeva, Jacques Derrida, Michel Foucault, Jacques Lacan,...

Le second roman de Philippe Sollers, Le Parc, est publié en 1961 et obtient le Prix Médicis. En 1962, André Malraux, ministre de la Culture de Charles de Gaulle, le fait réformer pour lui éviter la guerre d'Algérie. Il publie ensuite un livre d'Entretiens avec Francis Ponge (Seghers, 1963, réédité en 2001 en même temps qu'une anthologie du poète préfacée par Sollers) puis signe en 1965 un récit expérimental, Drame, suivi dans la même problématique du sujet de Nombres (1968), Logiques (1968), Lois (1972), H (1973) et Paradis (1973, roman formé d'une seule phrase sans aucun signe de ponctuation). Entre-temps, en 1967, Philippe Sollers a épousé une jeune universitaire bulgare débarquée à Paris, Julia Kristeva, qui l'accompagnera un certain nombre d'années dans ses travaux "telqueliens" et lui donnera un fils, David, en 1975, avant de devenir psychanalyste et romancière. En 1968, Philippe Sollers publie deux essais: Théorie d'ensemble et L'Écriture et l'Expérience des Limites. En 1971, à la suite de l'interdiction du livre de Maria Antonietta Macciocchi, De la Chine, à la Fête de l'Humanité, il abandonne le Parti Communiste Français dont il était alors proche et devient maoïste. Un essai Sur le matérialisme: De l'atomisme à la dialectique révolutionnaire, est publié en 1974.

Après la sortie de Vision à New York (1981, entretiens avec David Hayman), Philippe Sollers abandonne sa revue et sa collection Tel Quel au Seuil pour rejoindre Denoël puis Gallimard où il fonde la revue et la collection L'Infini. Il participe ou co-réalise avec le vidéaste Jean Paul Fargier divers films vidéo tels que notamment Sollers au paradis (1983), Entretien Sollers / Godard (1983) ou encore Sollers joue Diderot / Le trou de la vierge (1984). Sa production romanesque devient stylistiquement moins expérimentale et moins radicale, plus "figurative" et plus "grand public". Le roman Femmes (1983), où il évoque entre autres quelques figures intellectuelles "amies" décédées récemment (Lacan, Barthes, Althusser,...), connaît un grand succès, de même que Portrait du joueur (1985), Paradis 2 (1986), Le Coeur absolu (1987), Les Folies françaises (1988) et Le Lys d'or (1989). C'est l'époque où L'Infini explore des auteurs comme Céline, Montaigne, Saint-Simon, Dante, Sade, Dostoïevski, Proust, Kafka, Faulkner, Hemingway, Nabokov,... Sollers parle de sexe, de mort, de pouvoir, de couple, de mensonge.

En 1986, il publie une Théorie des exceptions. Il s'intéresse aussi beaucoup aux Arts plastiques et livre ses réflexions dans des monographies ou des essais sur Rodin (Rodin, dessins érotiques, 1987), Fragonard (Les Surprises de Fragonard, 1987), De Kooning (De Kooning, vite, 1988), la peinture (La Fête à Venise, 1991), Watteau (Watteau et les femmes, 1992), Cézanne (Le paradis de Cézanne, 1995), Vivant Denon (Le Cavalier du Louvre: Vivant Denon, 1995), Picasso (Picasso, le héros, 1996), Francis Bacon (Les passions de Francis Bacon, 1996). Il écrit également sur la musique, traitant notamment de Bach, Haydn, Mozart ou encore Miles Davis. Plusieurs biographies et recueils d'essais, de préfaces, d'articles ou de chroniques publiés dans des revues ou des journaux sortent parallèlement en librairie: Carnet de nuit (1989), Improvisations (1991), Le Rire de Rome, entretiens avec Frans De Haes (1992), New York (de Paul Morand, 1993), Venise éternelle (1993), La Guerre du Goût (1994), Femmes: Mythologies (1994), Sade contre l'Etre suprême (1996), Casanova l'admirable (1998, prix Elsa Morante de l'essai), Semmelweis (de L.F. Céline, 1999), L'Oeil de Proust (1999), L'Année du Tigre (1999).

Les années '90 sont aussi la grande période du Sollers des réseaux littéraires et médiatiques, du mondain parisien fabricant de livres et de prix littéraires à partir de son bureau de la rue Sébastien-Bottin. Directeur de L'Infini, Membre du comité de lecture des éditions Gallimard, ami de toute l'intelligentsia parisienne (de son premier amour, la romancière Dominique Rolin au nouveau philosophe Bernard-Henri Lévy, en passant par Jean-Jacques Schuhl à qui il fait obtenir le Prix Goncourt, sa femme Julia Kristeva, ses exègètes Philippe Forest, Frans de Haes, Gérard de Cortanze, ou encore les éditeurs Antoine Gallimard et Teresa Cremisi), omniprésent dans les médias audiovisuels et la presse écrite (notamment dans Le Monde où il a trouvé une groupie en la personne de Josyane Savigneau, rédactrice en chef du Monde des Livres), Philippe Sollers est de toutes les intrigues du milieu médiatico-littéraire germanopratin, l'essentiel étant pour lui de se placer au centre de la scène entre deux allers-retours intimes à Venise ou à l'île de Ré. En 1995, on le voit même apporter son soutien au candidat de droite Edouard Balladur qui brigue l'Elysée.

En 1993, le pourtant très voltairien et ex-marxiste Philippe Sollers surprend quelque peu en se posant comme avocat du Pape et en lui adressant son roman, Le Secret, qui rencontre un grand succès en librairie (quelques années plus tard, en 2000, il remettra également en mains propres à Jean-Paul II son livre sur Dante, La Divine comédie). Un autre roman, Studio (1997) est consacré aux figures de Rimbaud et de Hölderlin. Il est suivi dans les années 2000 de Passion Fixe (2000), Un amour américain et Cavale (Nouvelles, 2001), L'Étoile des Amants (2002), Une Vie Divine (2006, sur Nietzsche). Pour le cinéma, il écrit et co-réalise plusieurs documentaires: La Porte de l'Enfer d'Auguste Rodin (1992), Un jeune français (1998) et Guy Debord, une étrange guerre (2000). Côté non fiction, Philippe Sollers publie dans la même période des entretiens avec Benoit Chantre sur La Divine Comédie (2000), un Éloge de l'Infini (2001), une biographie romancée du Mystérieux Mozart (2001), des Illuminations (sur Rimbaud et divers textes sacrés, Prix Montaigne 2003), un Dictionnaire amoureux de Venise (2004), des entretiens sur le Poker (2005), un Évangile de Nietzsche (2006), un essai sur l'Inde et la Chine dans Guerres secrètes (2007) et un Discours parfait (2010).

Ses derniers romans publiés on eux pour titre Un vrai roman, Mémoires (autobiographie romancée, 2007), Les voyageurs du temps (2009) et enfin, dernier en date, Trésor d'amour (2011).

Auteur complexe, avant tout soucieux de défendre la lecture et la culture, Philippe Sollers est l'un des écrivains à la fois les plus incisifs et les plus controversés de la scène littéraire française.

Parmi les disctinctions reçues pour l'ensemble de son oeuvre, il est lauréat du Grand prix de littérature de la ville de Bordeaux (1985), du Grand prix du roman de la Ville de Paris (1988), du Prix Paul-Morand de l'Académie française (1992) et du Prix littéraire de la fondation Prince Pierre de Monaco (2006). Philippe Sollers est également Chevalier de la Légion d'honneur et Officier de l'Ordre National du Mérite (Arts et Lettres).