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La République des Lettres

Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke
Lettres à un jeune poète

La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0207-4
Livre numérique (format ePub)
Prix : 5 euros
Disponible chez • FnacAmazonKoboiTunes

François Fillon

François Fillon

La droite sarkozyste a des problèmes de vocabulaire. Après le mot "guerre" de Bernard Kouchner, après le mot "rigueur" de Christine Lagarde -- deux mots que Nicolas Sarkozy, bien entendu, "n'auraient pas employé" -- c'est au tour de François Fillon d'utiliser, après celui de "faillite", un nouveau mot qui fâche. Et le Premier ministre ne fait pas dans le détail, puisqu'il n'a pas hésité à employer le mot "détail" pour qualifier le très controversé amendement ADN du projet de loi Hortefeux sur l'immigration. Une formule provocatrice qui renvoie très stratégiquement à celle tenue en 1987 sur les chambres à gaz par Jean-Marie Le Pen qui estimait alors qu'il s'agissait d'un "détail de l'histoire".

Pierre Henry, président de France Terre d'Asile, estime que "Qualifier l'amendement ADN de détail et juger ridicule l'émotion qu'elle suscite dans une large partie de l'opinion publique révèle une stratégie préélectorale préoccupante de la part du Premier ministre". Selon lui, "Le mot détail, employé dans le contexte actuel est lourd de sens et ne peut qu'attiser les divisions". [...] Le Premier ministre n'a rien à gagner à manipuler les symboles sauf à considérer que l'agrégation de l'électorat d'extrême-droite autour du bloc majoritaire vaut bien l'instrumentalisation de la question migratoire à 10 mois des municipales", a-t-il déclaré à l'AFP. Pour Pierre Henry, "Le Premier ministre est un homme modéré, toute cette stratégie correspond donc à autre chose, l'emploi du mot détail n'est pas une maladresse". Il estime que l'amendement du député UMP Thierry Mariani "correspond "à une certaine vision d'un groupe de parlementaires de la majorité assez extrême dans ses positions. [...] Le problème est de savoir où est le centre de gravité à l'intérieur de la majorité, est-il républicain ? ou le laisse-t-on se déplacer à l'extrême-droite ?"
Un avis partagé par Stéphane Le Foll, du Parti Socialiste, qui dénonce lui aussi les propos "très graves" de François Fillon et demande à Nicolas Sarkozy de "confirmer ou contredire" son Premier ministre. Pour le directeur de cabinet de François Hollande, qui juge que la formule du Premier ministre est "méprisante vis à vis de tous les Français s'inquiétant d'une telle mesure", "ce mot choisi par le Premier ministre révèle l'intention de la majorité, qui est de faire à travers cet amendement un clin d'oeil au Front National". Le député PS Pierre Moscovici déclare pour sa part que "Ce n'est pas un détail, c'est même quelque chose d'une gravité extrême". Qualifiant le projet de loi sur l'immigration de "gesticulation politique", il estime qu'il relève d'une "stratégie politique de Nicolas Sarkozy qui a conquis l'électorat FN en grande partie et qui veut le conserver. Il inscrit l'immigration sans arrêt sur son agenda [...] pour que ce soit le premier sujet dont les Français parlent". [...] "Nous sommes la patrie des droits de l'Homme. On ne doit faire aucune distinction par rapport à des hommes qui sont dans la difficulté ou la détresse", a-t-il ajouté sur Radio J.

Patrick Baudoin, président d'honneur de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, a pour sa part déploré une expression aussi "malheureuse [qui] fait penser automatiquement à l'expression qu'avait utilisée Jean-Marie Le Pen".

"Par cette déclaration, le Premier ministre signe non seulement son compagnonnage avec l'extrême-droite mais participe dangereusement à sa banalisation", accuse pour sa part le président du Mrap, Mouloud Aounit, qui ne croit pas à une maladresse verbale. "En employant sciemment le mot détail [...] il franchit les limites de l'insoutenable et de l'indécence", déplore-t-il dans un communiqué.

C'est lors du Conseil national de l'UMP qui se tenait samedi 6 octobre à Paris que François Fillon a utilisé le terme de "détail". Évoquant l'amendement sur le recours à des tests ADN pour les candidats au regroupement familial, il a estimé que "les polémiques ont grossi jusqu'au ridicule un détail en masquant l'essentiel". Pour lui, la nouvelle loi sur l'immigration instaure "une politique d'intégration véritable, fondée sur notre langue, fondée sur notre culture, fondée sur notre histoire, fondée sur le respect d'une identité nationale dont nous n'avons pas à rougir".

Le projet de loi a été adopté dans la nuit de jeudi à vendredi dernier par les sénateurs qui ont modifié l'amendement en donnant notamment un encadrement judiciaire à la procédure et en rendant le test gratuit, expérimental pendant 18 mois et limité à la filiation avec la mère. Le texte doit encore être examiné par une commission mixte paritaire composée de sept députés et de sept sénateurs. Les conclusions de cette commission seront discutées le 22 octobre prochain devant l'Assemblée Nationale et le 23 au Sénat.

De nombreuses organisations et personnalités se sont élevées contre cet amendement de "détail", y compris au sein de l'UMP, tous estimant choquante une loi sur les étrangers qui renvoie à la France raciste et antisémite de Vichy et aux expérimentations génétiques nazies. Selon un sondage CSA pour Le Parisien, 47% des Français pensent que les tests ADN sont contraires aux valeurs de la société française.