Ministère de la Culture
Ministère de la Culture

Le modeste communiqué du ministère de la Culture publié le 02 octobre est passé presque inaperçu mais il est d'importance. Christine Albanel, ministre de la Culture du gouvernement Fillon / Sarkozy, vient en effet de rompre radicalement avec la politique menée par Jacques Chirac et le ministre de la culture précédent, Renaud Donnedieu de Vabres, en matière de défense et de valorisation du patrimoine culturel français sur Internet.

On se souvient en effet que l'équipe précédente privilégiait activement des projets numériques purement franco-européens, notamment celui d'une "Bibliothèque Numérique Européenne" piloté par l'ex-président de la Bibliothèque Nationale de France Jean-Noël Jeanneney, qui n'a pour l'instant accouché que d'une assez ridicule Europeana, et celui d'un "Moteur de recherche européen" dénommé Quaero, aujourd'hui dans les choux faute d'entente avec les allemands. Tous menaient une lutte farouche contre le méchant numérisateur américain Google qu'ils ne cessaient de diaboliser et qu'ils accusaient de tous les maux, en particulier celui de vouloir détruire la culture française et européenne en raison de sa domination sur le secteur de la recherche sur internet (En France Google truste pas moins de 90% des recherches effectuées sur Internet, contre 3,5% pour Yahoo et 2,5% pour Live Search de Microsoft), et surtout à cause de son gigantesque projet de bibliothèque numérique, Google Livres, qui a pour ambition de numériser et de mettre en ligne 15 millions de livres du monde entier avant 2010.

La nouvelle ministre de la Culture s'est sans doute rendu compte que la France, et même l'Europe toute entière, malgré les fonds engloutis, étaient finalement loin de pouvoir rivaliser avec la firme californienne, tant en termes de volonté, d'innovation et de dynamisme que de puissance budgétaire et technique, et qu'il valait mieux s'en faire un allié qu'un ennemi. Elle s'est donc attaché les services d'un consultant de haut vol en la personne du patron de Google France, Mats Carduner, à qui elle vient de demander "des suggestions et des recommandations" afin "d'augmenter la visibilité du patrimoine culturel français sur l'Internet". Elle souhaite en effet "accélérer le calendrier de constitution du patrimoine numérique français", qui constitue l'un des enjeux majeurs de sa politique culturelle. Parmi les objectifs à court terme, la ministre veut en particulier développer le site portail de son ministère, culture.fr, dont la partie Collections ouverte en août dernier donne accès à 1,5 million de documents numérisés. Christine Albanel a toutefois tenu à rappeler à son nouveau conseiller l'attachement du gouvernement français au respect du droit d'auteur sur le réseau des réseaux. Mats Carduner lui a alors présenté les outils développés par Google sur sa plateforme vidéo Youtube pour détecter les contenus illicites et permettre aux ayants droit de protéger leurs oeuvres.

Les éditeurs et institutions françaises du livre restent pour leur part toujours assez crispés sur leurs sacro-saints catalogues de droits d'auteur. Aux dernières nouvelles, ils semblent toutefois commencer à comprendre, avec quelque dix ans de retard sur la révolution des Nouvelles Technologies de l'Information et de Communication, que sur internet la défense de la langue, du patrimoine et surtout de leurs intérêts, ne se ferait qu'avec l'internet et les internautes, et non contre eux. Une action en justice contre Google, pour "contrefaçon et atteinte au droit de la propriété intellectuelle", intentée par le groupe d'édition La Martinière, maison-mère des Éditions du Seuil, et soutenu par le Syndicat National de l'Édition (SNE) et la Société des Gens de Lettres (SGDL), est actuellement pendante devant le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris. Cela peut toujours servir pour négocier.