Jean-Honoré Fragonard
Jean-Honoré Fragonard

De la vie de Fragonard, on connaît assez peu de choses et il n'existe aucun autoportrait ou portrait fiable. Né le 05 avril 1732 à Grasse, décédé le 22 août 1806 à Paris (ville où il vécut toute sa vie depuis l'âge de six ans), Fragonard se forme dès l'adolescence dans les ateliers de quelques peintres renommés de son époque: Jean-Baptiste Chardin, Charles André van Loo et surtout François Boucher, peintre à la mode et favori de la Pompadour. En 1752, il reçoit le grand Prix de l'Académie de peinture pour son Jéroboam sacrifiant aux idoles. De 1756 à 1761, il étudie Tiepolo et la peinture baroque à Rome en compagnie de son ami Hubert Robert, peignant paysages (Les Jardins de la Villa d'Este) et portraits (L'Abbé de Saint-Non en costume espagnol), puis voyage ensuite aux Pays-Bas où il découvre Ruysdael, Frans Hals et Rembrandt.

Malgré le succès de son oeuvre de réception à l'Académie, le grand prêtre Corésus se sacrifiant pour sauver Callirhoé (1765), Fragonard abandonne les grands sujets bibliques et mythologiques et renonce à une carrière toute tracée de peintre d'Histoire pour la Cour. Il travaille pour une clientèle privée composée de nobliaux et de bourgeois libertins amateurs de scènes galantes qui firent sa réputation: Les Hasards heureux de l'escarpolette (1766), Le Feu aux poudres, La Gimblette, Le Verrou, La Chemise enlevée, La résistance inutile, etc... Ces oeuvres enjouées, sensuelles et gracieuses, pleine d'esprit, d'humour et de poésie, révèlent un Fragonard à la technique virtuose et à la touche rapide, adepte d'une joyeuse légèreté chromatique (généralement rosée et nacrée pour les sujets érotiques) et laissant le plus souvent une apparence d'esquisse à des tableaux qu'il réalisait parfois en moins d'une heure et qu'il ne signait pas. Fragonard s'attache à peindre les nuances du sentiment amoureux, notamment à travers des scènes de séduction comme entre autres celles de L'Amour réveillé dans le coeur d'une jeune fille, commandés en 1771 par Madame du Barry, mais donne aussi des paysages très sensibles et charmants.

Après son mariage et un second voyage en Italie vers 1773, Fragonard produit des portraits et de nombreuses allégories familiales et sentimentales aux couleurs chaudes et vibrantes. Mais la mode et le monde sont en train de changer. Fragonard, avec un peu de retard, s'adapte à partir de 1780 aux nouveaux goûts d'un public redevenu sérieux et vertueux, évoluant dans un sens néo-classique dont La Fontaine de l'Amour est l'un des exemples les plus frappants. Ruiné par la Révolution de 1789, dépassé par l'Empire, ringardisé par la peinture de David, Fragonard n'en restera cependant pas moins jusqu'à la fin de sa vie un peintre libre et original, plein de vigueur et de fougue, dont l'oeuvre en apparence frivole offre d'innatendus arrière-plans historiques et philosophiques.