Alain Rey
Alain Rey

À mots découverts d'Alain Rey (éditions Robert Laffont) fait partie d'une série d'ouvrages à sujets divers que l'auteur publie pendant la période 2006-2007. C'est le deuxième portant sur ses chroniques du langage, le précédent datant de 1996. La période couverte va du 18 septembre 2000 (Médailles) au 22 décembre 2005. Les chroniques sont placées chronologiquement, suivies d'un index et d'une table des matières. Le principe de ces chroniques radiophoniques, diffusées sur France Inter, consiste à s'inspirer de l'actualité pour broder un article mi-encyclopédique, mi-étymologique et historique d'une minute. Parfois il y a une transparence parfaite entre le mot et l'actualité (comme c'est le cas de racaille), d'autres fois le mot évoque de manière plus lointaine les événements de l'actualité. Bien que concernant parfois des événements ponctuels, certains mots sont liés à des problèmes sociaux plus généraux qui n'attendaient qu'un fait important pour être traités. C'est le cas d'immunité (p. 22-23) et de discrimination (p. 23-24). Ici la question de l'homophobie est évoquée, comme celle du sexisme, mais pas forcément celle de la discrimination basée sur l'abus de pouvoir pratiqué par des individus imbus de leur personne. C'est à l'investiture américaine et la politique de Georges W. Bush, plus particulièrement à la guerre contre l'Irak, que l'auteur accorde le plus d'attention (voir les articles Diplomatie, Design, etc.). Cela donne l'impression que l'auteur fait une fixation sur Bush, utilisant parfois son deuxième prénom Walker ou Doublevé Bûche. Au moment de la loi Perben 2, alors que Nicolas Sarkozy développe sa politique de culture du résultat et où la guerre en Irak fait quotidiennement la manchette des journaux, Alain Rey parle très souvent de la guerre dans ses chroniques et invente même des mots comme bushiennes ou bushiques (p. 233). Avril, mai, juin 2003 présente des références multiples à la guerre d'Irak. Pourtant, dans sa chronique du 4 juillet 2003, jour de fête nationale des Etats-Unis, Alain Rey ne fait aucune allusion à la politique. Le lien entre le choix des mots et l'actualité est d'ailleurs présenté de manière explicite au début de chaque année. Ainsi en 2001, la chronique jubilé est justifiée par le jubilé de Jean-Paul II du 5 janvier, puis le séisme au Salvador du 15 janvier, l'année se terminant avec le mot métissage pour évoquer la carrière de Léopold-Sédar Senghor, décédé le 20 décembre 2001. Il rend aussi hommage à Pierre Bourdieu dans sa chronique du mot Misère. A l'article Délinquance on apprend que "délinquer" a déjà existé chez Chateaubriand et que caisse des bourges pour "voiture des bourgeois" remonte au vieux français. Certains mots sont traités de manière plus aléatoire quand à leur contenu, c'est le cas de galère où Alain Rey trouve pertinent de citer Karl Marx écrivant que les galères "voguent dans les eaux glacées du calcul égoïste". A justice on apprend que faire justice c'est punir, châtier, et l'on comprend que sans cette sanction les plaignants n'y trouvent pas leur justice. Pour le pompier, la majorité des gens ont perdu la connaissance du syntagme sapeur-pompier qui vient du temps où l'eau n'était pas courante et la prévention des incendies était confiée à des gardes-pompes, qui prirent le nom de pompier vers 1750. Comme ils étaient organisées militairement sur le modèle des sapeurs (les soldats chargés de creuser des sapes et des mines), les pompiers prirent le nom administratif de sapeurs-pompiers. L'ouvrage se termine avec les évènements dans les banlieues françaises autour du mot racaille. Un index général a été établi par Chantal Girardin.

Ce recueil de chroniques plaira évidemment à tous ceux qui ont aimé la version radiophonique. Manquent toutefois à l'appel les intonations et l'humour qui accompagnaient si souvent les interventions du "pape des lexicographes".