Antoine Furetière
Antoine Furetière

Alain Rey est un métalexicographe qui jouit depuis une quarantaine d'année d'une réputation internationale. Il s'est fait remarquer par ses écrits en métalexicographie et en terminologie bien qu'il ait aussi publié de nombreux articles en théorie littéraire et en sémiologie. Dès 1970 il publie Littré, l'humaniste et les mots chez Gallimard, s'inscrivant tout naturellement dans le rapport historique qui lie les éditions Le Robert et le Dictionnaire Littré. Puis les ouvrages se succèdent faisant connaître la lexicologie, la métaterminologie et enfin, surtout le monde des dictionnaires. Il publie ses chroniques du langage diffusées sur France Inter en 1996 (Le Réveille-mots, Une saison d'élection, Seuil, 1996 et plus récemment A mots découverts, Chroniques au fil de l'actualité, Robert Laffont, 2007). Depuis le début des années 2000 Alain Rey a progressivement abandonné ses tâches au éditions Le Robert et ses chroniques sur France Inter pour se consacrer plus intensément à l'écriture. Ainsi en l'espace de quelques mois, il a publié entre autres Antoine Furetière, Un précurseur des Lumières sous louis XIV, A mots découverts, Chroniques au fil de l'actualité, L'Amour du français, Contre les puristes et autres censeurs de la langue, Miroirs du monde, Une histoire de l'encyclopédisme,et en collaboration le Dictionnaire historique de la langue française, Mille ans de langue française et le Dictionnaire culturel en langue française.

Dans Antoine Furetière, Alain Rey reprend en partie sa préface au Dictionnaire de Furetière paru il y a plusieurs années. Il mentionne que le mot "Furetière" évoque celui de "Furet" et renferme celui de "voleur", présent dans l'argot "affurer" (voler). Le portrait que donne Alain Rey de Furetière est élogieux. Il mentionne "l'oeuvre qui lui a coûté une vie de travail, qui lui a valu la haine et l'opprobre, et qui l'a sans métaphore tué". Le premier chapitre, intitulé L'ascension d'un bourgeois de Paris, fait le portrait de la famille Furetière. Dès ce chapitre la fondation de l'Académie française est évoquée. Elle sera pour Furetière "l'apothéose, puis la géhennne et le poison de ses vieux jours." Le lexicographe évoque aussi la relation entre Furetière et La Fontaine, puis affirme que ce fut un "étudiant sérieux, et son intérêt pour la procédure et la loi restera sensible, non seulement à travers la satire, comme objet dérisoire, mais aussi, et on le verra bien dans le Dictionnaire, par la nécessité terminologique" (p. 15). Furetière suivait le modèle des grandes familles de France qui réussissaient de par leur appartenance à cette classe sociale. Alain Rey indique que cela "dépend entièrement de ses rapports avec les groupes de pouvoir, sauf s'il ne peut s'assurer des revenus attachés à une activité professionnelle, souvent juridique ou administrative, ou à l'un de ces commerces de revenus appelés offices, commendes, et dont l'immoralité ne saurait cacher la fonction ambiguë, celle de canal par où la peine du peuple paysan est convertie en flux monétaire et sert parfois à faire vivre la classe montante et à l'affermir aux dépens des représentants du passé." (p. 18). L'homme de droit et l'homme d'église sont tour à tour commentés montrant un Furetière dans l'exercice de ses fonctions et dans l'appréciation variable de ses contemporains, notamment à propos des calomnies le visant. Furetière pratique la satire dans laquelle, formule Rey brillament, "la cible compte moins que la flèche" (p. 49). Les positions de Furetière vis-à-vis des poètes et académiciens sont montrées comme ambigües (v. p. 56). En 1662 Furetière est élu à l'Académie française, bénéficiant de la protection d'Henry de Bourbon. Un chapitre complet, intitulé La bataille des dictionnaires, traite de sa difficile relation avec l'Académie française et se clôt en informant le lecteur que "épuisé par des luttes menées sur plusieurs fronts, désespérant de voir jamais son oeuvre, l'auteur du Dictionnaire universel meurt à soixante huit ans". Cette partie constitue selon nous le coeur de l'ouvrage d'Alain Rey. Les chapitres suivants, Textes et prétextes et Les coulisses du dictionnaire, traitent de métalexicographie plutôt que des aspects biographiques de Furetière. Alain Rey aborde notamment le phénomène des marques, la technique lexicographique ou encore la dimension idéologique du dictionnaire. Le dernier chapitre est constitué de la préface de Pierre Bayle au Dictionnaire de Furetière (1690). L'ouvrage est complété par la biographie de Furetière et une biliographie d'études.