Christine Albanel
Christine Albanel

Après Rachida Dati qui convoque les juges anti-sarkozystes à son bureau, voilà Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, qui sermonne sévèrement les directeurs de théâtre non alignés, en l'occurence Henri Taquet, directeur depuis 1991 du Théâtre du Granit, scène nationale de Belfort. Dans la plaquette-programme de la saison 2007-2008 du Théâtre, un texte épistolaire du comédien metteur en scène Benoît Lambert adressé à son directeur Henri Taquet s'autorise en effet une petite ironie sur l'élection de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. L'irrévérencieux, sans doute un provocateur gauchiste encore imprégné de l'esprit de mai 68, n'hésite pas à évoquer "les conséquences profondes, et probablement désastreuses, sur le cours de nos existences" de l'élection du nouveau président de la République. Rue de Valois, on ne plaisante pas avec ce genre d'humour. Christine Albanel s'est immédiatement fendue d'une lettre à Henri Taquet où elle lui fait part de sa plus vive indignation:

"Monsieur le Directeur, Je découvre la plaquette que vous avez diffusée, présentant le programme de la scène nationale de Belfort pour la saison à venir, et prends connaissance du texte présenté en guise d'éditorial. Ce texte me paraît particulièrement déplacé. Une plaquette officielle n'est pas un "blog" personnel, le rôle de son éditorial est d'expliquer des choix artistiques, et un théâtre investi d'une mission de service public et financé par l'Etat et les autres collectivités doit à son public le respect des choix et des opinions démocratiquement exprimés. Vous foulez au pied cette exigence, en attaquant, avec un sectarisme qui est la négation même de son action et de son style, un Président de la République élu au terme d'une campagne exemplaire. Cela me choque profondément. Je tenais à vous le dire.

Comédiens et saltimbanques, à vos rangs, fixe ! Le directeur du Granit s'en trouve encore tout "estomaqué". "Quand j'ai lu la lettre de la ministre, je n'y ai pas cru, sur le coup". Cet éditorial rédigé selon lui sur un ton de joyeuse provocation "traite avec humour d'une espèce de déception post-électorale, je ne vois pas où est le drame", a-t-il expliqué à l'AFP. "On a le droit de trouver que le texte n'est pas rigolo, mais je suis étonné qu'il soit pris au pied de la lettre. Est-ce qu'on n'a plus le droit à l'irrévérence ?"