Michael Moore
Michael Moore

Michael Moore, réalisateur de films documentaires chocs sur l'Amérique de George W. Bush, récidive avec un nouvelle charge consacrée cette fois au sytème de santé américain. Sicko (malade, détraqué, schizo) dénonce les carences de la couverture médicale aux Etats-Unis et les injustices dont sont victimes les malades s'ils ont le malheur d'être pauvres, donc de ne bénéficier d'aucune couverture médicale puisqu'il n'existe pas de régime général d'assurance maladie aux Etats-Unis. Révolté par les quelque 47 millions de citoyens américains trop pauvres pour se payer une ruineuse assurance santé, auquels s'ajoutent des millions d'autres bénéficiaires d'une mutuelle mais se heurtant systématiquement aux lourdeurs administratives du système lorsqu'ils en ont besoin, Michael Moore a mené l'enquête.

Le cinéaste a choisi de suivre les cas de quelques personnes atteintes d'un grave problème de santé, notamment de plusieurs secouristes bénévoles dont les poumons ont été atteints lors des attentats du World Trade Center de septembre 2001. Il relate leur drame, à savoir l'impossibilité de se faire soigner et les ennuis qui s'ensuivent, comme par exemple pour certains le fait de se retrouver quasiment à la rue, où chacun peut mourrir dans l'indifférence générale. Principales cibles de Michael Moore : les laboratoires pharmaceutiques, les milieux hospitaliers, les compagnies privées d'assurance maladie qui pensent plus à réaliser des bénéfices qu'à procurer aux citoyens malades des soins médicaux pourtant vitaux. Selon lui 18.000 morts sont imputable chaque année à cette logique du profit aux dépens des malades. Et, aux manettes de ces entreprises âpres aux gains, les habituels politiciens et affairistes qui empêchent depuis toujours l'instauration d'un service général de sécurité sociale tel qu'il existe par exemple au Canada ou en France. (Sécurité sociale française que la très décomplexée droite sarkozyste au pouvoir tente d'ailleurs actuellement à son tour d'américaniser et de détruire en partie sous divers faux prétextes économiques et politiques — voir l'instauration entre autres des fameuses "franchises" médicales — afin de mettre en place elle aussi un système d'assurances privées). Entre diverses provocations et effets chocs ou hilarants comme celui du patient recousant lui-même sa plaie, celui qui est sommé de choisir quel doigt il faut recoudre car il n'a pas assez d'argent pour faire recoudre ses deux doigts coupés, ou la virée à Cuba montrant que les malades pauvres, mêmes américains, y sont mieux soignés qu'aux Etats-Unis — ce qui a valu au cinéaste de sérieux problèmes avec l'administration américaine pour violation de l'embargo contre Cuba --, Michael Moore n'hésite pas à se mettre en scène et à faire intervenir George W. Bush ou Hillary Clinton.

Certes, tout à sa violente charge contre le système américain, Sicko idéalise un peu trop ceux des autres pays auxquels il le compare comme celui du Canada, de la Grande-Bretagne et de la France. La France de Michael Moore prend par exemple des airs franchement idylliques, sinon caricaturaux, en matière d'assurance médicale universelle. Pensez donc, un pays où la santé est totalement gratuite et où l'Etat est même capable d'envoyer des aides à domicile pour faire la lessive chez les ménagères venant d'accoucher. Mais le réalisateur faux naïf n'a jamais revendiqué l'objectivité et l'impartialité.

Jouant comme à son habitude très habilement et tout à la fois de l'image instrumentalisée, de l'ironie mordante et de l'humour ravageur — ce qui énerve toujours autant de monde --, le cinéaste pamphlétaire fait de nouveau mouche avec ce sujet plus que pertinent qui en dit long sur l'état d'une société toute entière livrée aux politiques ultralibérales. Après le lobby des armes à feu (Bowling for Colombine), après l'ascencion et la politique menée par l'actuel "maître du monde libre" (Fahrenheit 9/11, Palme d'or du Festival de Cannes 2004), Michael Moore vise de nouveau là où ça fait mal, c'est-à-dire là où la recherche impitoyable des profits rend une démocratie de plus en plus folle et une société de plus en plus barbare.