Gotan Project
Gotan Project

L'électro-tango est-il plus qu'une mode musicale du début des années 2000 destinée à sombrer rapidement? Il est encore difficile de se prononcer mais l'un de ses groupe phares, Gotan Project (Tango en verlan) semble abandonner à leur sort les suiveurs en ce domaine pour continuer lui d'avancer sans états d'âme par de nouveaux chemins de traverse.

Avec Lunatico, le groupe de Philippe Cohen Solal, Christoph H. Müller et Eduardo Makaroff contourne le piège de la redondance et tente d'éviter un éventuel classement définitif sous la seule étiquette réductrice de chef de file du mouvement électro-tango. Cinq ans après son très connoté La Revancha del Tango vendu à plus d'un million d'exemplaires, le trio franco-helevetico-argentin préfère désormais parler d'expérimentations musicales autour du tango, comme le prouve son dernier CD dont le titre porte le nom du cheval de courses de Carlos Gardel. Les morceaux qui y sont rassemblés mettent en effet plus l'accent sur le tango pris à sa racine et dans toute sa diversité que sur la seule branche électro. Leur couleur est celle de la musique argentine de la première moitié du XXe siècle qu'ils ont re-créée sur place, à Buenos Aires, via un petit orchestre de tango avec bandonéon, piano et contrebasse installé dans le mythique Studio Ion. Sur les lignes mélodiques et rythmiques de leurs trames de base — tangos, valses argentine, milongas — non pas tirées directement du répertoire des années 1930-'40 mais révélées par cet orchestre formel personnel, le groupe a mixé et insufflé ensuite selon l'inspiration divers codes musicaux venus d'autres cultures. On y trouve ainsi, entre autres, de la musique africaine, rap, country-folk, jazzy et même une musique de film, celle du Paris, Texas de Wim Wenders composée par Ry Cooder qui, revue et corrigée par Gotan Project, fait lien entre les univers mélancoliques des gauchos argentins et des cow-boys américains. Le tout donne un album détendu, très vivant et très contemporain — disons pour simplifier très "nuevo tango" --, avec certes une intense présence de percussions tribales mode Caceres, tango des origines oblige, mais comptant aussi des sons et des mélodies proches de l'esprit traditionnel. Plus organique, plus humain, plus latin, plus doux — la très sensuelle voix de Christina Villalonga qui renvoie au nostalgique tango cancion à la Gardel joue ici pleinement le rôle qui lui est dévolu — le nouveau tango métissé style Lunatico est sans doute plus susceptible de plaire aux vrais danseurs amateurs de tango que la dancemusic électro style Revancha, celle-ci ayant d'évidence plus enflammé le jeune public déjanté des dancefloors que le monde élitiste et distingué des milongueros.