Bernard Kouchner
Bernard Kouchner

Bernard Kouchner termine ce mardi une visite de trois jours à Bagdad, la première d'un ministre français des affaires étrangères depuis 1988 et surtout depuis 2003, année de l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis. Cette visite surprise, mais néanmoins tout ce qu'il y a de plus officielle, intervient une semaine à peine après le "pique-nique amical" de Nicolas Sarkozy chez George W. Bush. Pour la plupart des commentateurs, il ne fait guère de doute que les deux évènements sont liés et que ce voyage en Irak de l'ex-french doctor symbolise un nouveau réchauffement des relations transatlantiques — "un rapprochement entre Paris et Washington à l'endroit le plus dangereux de la planète" selon Moscou — tout en signant un revirement quasi total de la diplomatie française, laquelle on le sait, s'était farouchement opposée à l'aventure guerrière de Bush par les voix de Jacques Chirac et Dominique de Villepin, pour une fois en adéquation avec l'opinion publique française. L'affaire était d'ailleurs prévisible dans la mesure où, malgré de vagues dénégations ou affirmations de circonstance à des fins électorales, aussi bien Nicolas Sarkozy que Bernard Kouchner étaient favorables à cette guerre. D'une façon générale, en bons atlantistes et sionistes convaincus, les deux hommes ont auparavant toujours plus ou moins défendu les positions les plus réactionnaires et les plus stupides du président américain en matière de politique étrangère, notamment en ce qui concerne le Proche-Orient et les pays arabes.

Du Soudan à l'Irak en passant par la Lybie et le Liban, personne ne voit cependant où mène sur le plan international ce nouvel activisme du couple Sarkozy-Kouchner — auquel on peut aussi rajouter Cécilia Sarkozy pour parfaire la touche diplomatico-humanitaire --, les résultats étant bien incertains, sinon franchement nuls, étant donné les marges de manoeuvre dont dispose Paris. Mais, en attendant que les observateurs y voient un peu plus clair, les deux hommes sont purement et simplement en train d'aligner la politique étrangère de la France sur celle des Etats-Unis, soutenant sans le dire encore clairement les "stratégies" américaines et israélo-américaines dont on connaît pourtant les fiascos, les bourbiers et les violences inouïes qu'elles génèrent elle-mêmes en partie dans le monde entier, notamment depuis la déclaration de "guerre contre le terrorisme" lancée après les attentats de septembre 2001. Cela alors que George W. Bush est en fin de parcours, qu'il est plus affaibli que jamais dans son propre pays et qu'il est devenu, de toute l'histoire des Etats-Unis, le président américain le plus détesté du monde. A l'évidence, Nicolas Sarkozy fait ce qu'il faut pour prendre la place libre et toute chaude de Tony Blair, le caniche, auprès du Dr Folamour américain. Mais cette position de soumission aux volontés impérialistes des Etats-Unis peut devenir extrêmement dangeureuse pour Paris, jusqu'à présent épargné par les attentats terroristes et respecté pour ses prises de position courageuses contre les Etats-Unis. La France n'a rien à gagner auprès de George W. Bush mais certainement beaucoup à perdre, même si quelques contrats d'armements ou de reconstruction peuvent être signés ici ou là par les marchands dans des pays que l'on aura préalablement et cyniquement contribué à détruire.

En se soumettant et en alignant sa politique étrangère sur celle des Etats-Unis, la France de Nicolas Sarkozy est en train de jouer avec le feu, au risque de voir celui-ci se propager bientôt sur son propre territoire.