Karl Rove
Karl Rove

Karl Rove, 57 ans, très proche collaborateur de George W. Bush, annonce sa démission. Dans un entretien au Wall Street Journal, ce stratège en communication politique, ancien secrétaire général adjoint de la Maison Blanche, indique que pour lui "le moment est venu" après huit ans de loyaux services autour du bureau ovale, ajoutant qu'il quittait son poste "pour le bien de sa famille". Sa démission deviendra effective le 31 août prochain.

Ultra-conservateur, faucon républicain notoire et conseiller politique attitré de George W. Bush dont il a planifié les campagnes présidentielles de 2000 et 2004, Karl Rove commençait à sentir le souffre à la Maison Blanche, malgré la protection indéfectible du président des Etats-Unis. Il était devenu l'une des principales cibles de l'opposition démocrate et de la Justice américaine en raison de son implication dans de nombreuses affaires douteuses de l'administration. Il venait notamment d'être cité pour comparaître devant la Commission des affaires judiciaires du Sénat afin d'être entendu dans l'affaire dite "des procureurs" — un licenciement abusif de plusieurs procureurs fédéraux jugés trop "démocrates" — mais le président Bush l'a couvert en décrétant une immunité spéciale pour son conseiller "dans l'exercice de ses fonctions".

Karl Rove, en grand admirateur et disciple de Richard Nixon, était également suspecté d'avoir livré à la presse par vengeance personnelle le nom de Valerie Plame, une ancienne espionne de la CIA, afin de compromettre son mari, l'ancien diplomate Joseph Wilson, qui avait dévoilé le mensonge de l'administration Bush sur les soi-disant armes de destructions massives de Saddam Hussein. Une telle dénonciation constituant un crime fédéral, Valerie Plame et son mari avaient déposé plainte contre Karl Rove et plusieurs autres hauts responsables de la Maison Blanche. L'autre suspect dans cette affaire, Lewis Libby (adjoint du vice-président Richard Cheney), a été condamné mais George W. Bush l'a ensuite gracié.

Parmi les autres coups tordus de celui qu'on considère à Washington comme le "cerveau" du président, il y a aussi le vol et l'utilisation frauduleuse de papier à en tête d'un candidat démocrate, l'instauration d'une loi très controversée sur les subventions agricoles, le "push-polling" permanent (manipulation de sondages, mais sur ce plan l'administration et la presse française de droite ne sont probablement pas en reste concernant leur champion des sondages Nicolas Sarkozy), des scandales d'espionnage téléphonique illégal, l'intimidation et le chantage à l'encontre de journalistes ou d'opposants politiques, la diffusion dans les médias de rumeurs malveillantes contre ses adversaires ou même le lancement contre eux de campagnes de presse via ses réseaux amis des milieux affairistes, d'extrême-droite ou fondamentalistes religieux.

Les fourberies et les manipulations douteuses qui ont jalonné sa carrière font de Karl Rove la figure même du parfait salaud politique. "C'est une grosse perte pour nous, [...], un grand collègue et un bon ami. Il nous manquera beaucoup. Mais [...] il continuera à être l'un des meilleurs amis du président", a déclaré l'actuel secrétaire général adjoint de la Maison Blanche.