Banquet du Livre
Banquet du Livre

Sexe et religion chrétienne n'ont jamais fait bon ménage et le Banquet du Livre de Lagrasse, paisible rencontre littéraire d'été qui renaissait cette année dans ce petit village de l'Aude après quatre années d'interruption, vient d'en faire l'amère expérience. Dans la nuit du mercredi 8 au jeudi 9 août, les quelque 12.000 livres exposés dans la grande salle voûtée du réfectoire de l'ancienne abbaye médiévale ont été saccagés. Des inconnus ont pénétré par effraction dans le lieu et ont répandu un mélange de gas-oil et d'huile de vidange sur les stands, détruisant une bonne partie des ouvrages rassemblés sur le thème de la rencontre par la librairie toulousaine Ombres Blanches. Le montant du préjudice avoisinerait 70.000 à 80.000 euros.

Les faits n'ont pas été revendiqués mais, sur place, il ne fait de doute à personne que c'est précisément le thème retenu cette année, la nuit sexuelle, qui semble avoir motivé cet acte de vandalisme. L'association Marque-Page de Jean-Michel Mariou et les éditions Verdier, co-organisateurs du Banquet du Livre, ont retenu ce thème en hommage à leur invité d'honneur Pascal Quignard (Prix Goncourt 2002) qui, après Le sexe et l'effroi (Gallimard, 1994), sortira cet automne chez Flammarion un ouvrage intitulé La nuit sexuelle. Mais les chanoines de la Mère de Dieu, communauté catholique traditionaliste qui occupe une partie de l'abbaye en co-propriété avec le Conseil général de l'Aude, n'apprécient que modérément de voir ce haut lieu de la chrétienté résonner d'une messe un tantinet hérétique. Entre autres rendez-vous littéraires et philosophiques, la programmation offre par exemple des lectures de La vie sexuelle de Catherine M. (Catherine Millet) et de L'Amant en culottes courtes d'Alain Fleischer, ainsi que des projections de Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini, du Dernier tango à Paris de Bertolucci ou encore de L'empire des sens d'Oshima.

Dans le pays cathare, la polémique ne cessait d'enfler depuis l'ouverture du Banquet du Livre le 03 août dernier, de nombreux habitants de la région se sentant choqués par ce qu'ils estiment être une provocation, sinon une pure et simple profanation de ce lieu à vocation spirituelle. Plusieurs d'entre eux semblent par ailleurs très déterminés à s'opposer au Conseil général de l'Aude qui tente depuis 2004 de récupérer l'entière propriété de l'abbaye pour y organiser comme bon lui semble des activités culturelles et touristiques, ce qui n'est pas possible tant que les religieux restent sur place.

Quoiqu'il en soit, et dans l'attente des conclusions de l'enquête menée par le SRPJ de Carcassonne, les organisateurs, partenaires et intervenants du Banquet du Livre 2007, ont décidé de maintenir leur programme de la Nuit sexuelle jusqu'à la date de clôture initialement prévue, c'est-à-dire le 10 août au soir.