Hassan Nasrallah
Hassan Nasrallah

Alors que le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner termine une visite ratée à Beyrouth, le Cheikh Hassan Nasrallah, dirigeant du Hezbollah, est revenu sur la guerre menée l'été dernier contre l'organisation chiite par Israël. Cette guerre perdue par Israël, qui a fait parmi la population civile libanaise plus de 1.200 victimes (dont la moitié d'enfants) tués sous les bombes de Tsahal, s'est soldée selon lui par "l'échec du projet d'un nouvel ordre américain au Proche-orient".

Lors d'un discours de commération tenu devant cinq mille de ses partisans dans la ville frontalière de Bent Jbeil et diffusé par Al-Manar (chaîne de télévision du Hezbollah), Hassan Nasrallah a affirmé que la guerre déclenchée par Ehud Olmert en 2006 "visait à imposer un nouveau Proche-Orient, éclaté en mini-Etats confessionnels et ethniques mis au service des intérêts des Etats-Unis et d'Israël" mais que les 33 jours du conflit ont signé "l'échec du projet américain balayé par la victoire de la Résistance islamique". "Il n'y a pas de nouveau Moyen-Orient après le 14 août [2006]" et "la victoire du Hezbollah a eu un effet contraire aux objectifs américains et israéliens qui ont dû subir les retombées de leurs échecs", estime le dirigeant chiite qui vit dans la clandestinité.

Concernant le maintien au pouvoir de l'actuel premier ministre libanais Fouad Siniora, pour lequel Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy se démènent actuellement sans succès, Hassan Nasrallah a assuré que l'autre objectif de la guerre de 2006 était aussi de renforcer ce gouvernement pro-occidental. "Les Israéliens et les Américains voulaient que le gouvernement Siniora étende son autorité sur l'ensemble du territoire libanais au détriment de la Résistance, mais ça a été un autre échec", a-t-il martelé, ajoutant que depuis l'été dernier "un million, puis un million et demi de Libanais étaient descendus dans la rue par deux fois pour réclamer le départ de ce gouvernement". Le Liban est en effet plongé dans une grave crise politique et institutionnelle depuis la démission du gouvernement en novembre dernier de six ministres pro-syriens, dont cinq chiites. Le chef de l'organisation islamique a de nouveau appelé à la mise en place d'un gouvernement d'union nationale, accusant les Etats-Unis d'entraver une telle issue car elle serait un acquis pour l'Iran et la Syrie, les deux alliés régionaux du Hezbollah. La perspective de l'élection présidentielle, qui doit se tenir le 25 septembre prochain pour remplacer l'actuel président pro-syrien Emile Lahoud, avive les craintes d'une nouvelle guerre civile entre libanais, ce dont pourrait profiter Israël pour lancer une nouvelle invasion et détruire encore un peu plus le pays du Cèdre.

Hassan Nasrallah a également rejeté les pressions — notamment de la France puisque c'était aussi l'un des objectifs du voyage de Bernard Kouchner — visant à libérer Ehud Goldwasser et Eldad Regev, les deux soldats israéliens capturés le 12 juillet 2006 à la frontière libano-israélienne. Sans confirmer explicitement qu'ils étaient toujours vivants — l'un deux serait mort selon des sources officielles allemandes --, il a toutefois indiqué qu'ils pourraient être libérés dans le cadre d'un échange de prisonniers. "Le monde entier ne pourra pas obtenir la libération des deux prisonniers israéliens. La seule voie est une négociation indirecte qui donne la liberté aux Libanais détenus par Israël", a-t-il indiqué, confirmant ainsi ses propos du 24 juillet à Al-Jazira où il a notamment déclaré que des négociations avec Israël étaient en cours par le biais d'un médiateur de l'ONU. Dans ce même entretien accordé à la chaîne de télévision satellitaire arabe, Hassan Nasrallah a également affirmé que son mouvement avait renforcé son dispositif militaire et pouvait frapper Israël avec des missiles de longue portée sur l'ensemble de son territoire, ajoutant que "des générations de jeunes ont rejoint la résistance contre Israël".